La réalité c'est quand on se cogne dedans..
Chacun peut convenir que si le Pays Sud Charente trouve sa légitimité dans ce qu’il peut apporter de novateur au développement de notre territoire et à ses habitants, en se saisissant par exemple du Projet territorial de Santé, du Contrat local Initiatives climat, de la Charte paysagère et forestière…etc., il n’en demeure pas moins que la réalité du quotidien pour certains d’entre nous peut être difficile à vivre.
Je veux ici parler spécialement des agriculteurs producteurs de lait en grève, symboles et victimes me semble t-il d’un modèle de développement qui leur échappe.
La situation qu’ils traversent, conséquence de décisions de politiques agricoles européennes ineptes, illustre par un mouvement parti de la base, l’énergie du désespoir d’une profession se sachant victime voire condamnée par des choix guidés au nom d’une doctrine libérale mondialisée.
Michel S.est âgé de 47 ans, il possède une cinquantaine de vaches laitières et est installé depuis 1985 dans le canton de Chalais qui compte seulement 7 producteurs de lait.
« Je jette le lait, ça me fait mal, mais je le vends aujourd’hui le même prix qu’il y a un quart de siècle quand j’ai débuté, soit 26 cts d’€uros le litre, et la dessus je gagne 2 centimes pour 70 heures de travail par semaine. C’est une situation qui amène certains d’entre nous à travailler à perte pour ceux qui ont beaucoup investi ou à travailler pour rien quand les installations sont amorties…il faut faire bouger les choses la haut à Bruxelles ! »
De fait l’abandon d’une politique de quotas laitiers en 2003, au nom de la loi du marché et de la libre concurrence, a entrainé une surproduction de lait et l’effondrement des cours aujourd’hui, la crise économique venant se surajouter.
Les producteurs ayant investi dans des installations aux normes peuvent se trouver en situation de faillite, victimes des dégâts collatéraux provoqués par cette crise, « c’est la mise en cause au plan local, national et européen d’une économie avec la volonté de faire disparaitre des exploitations à terme » ajoute Michel.
Le Pays Sud Charente est partie prenante en ce qui concerne la réflexion autour de la transmission d’entreprises agricoles.
Or cette grève du lait, fait dire à Michel que « si cette situation continue, on ne pourra plus transmettre quelque chose qui n’est pas viable, et pourtant ce serait dommage de gâcher cet acquis de qualité, notre lait produit est sûr, les gens peuvent en consommer sans risques, si l’on importe un jour du lait chinois ou d’ailleurs parce qu’il est moins cher, quelles garanties aura le consommateur et ne parlons pas de l’empreinte écologique!!! »
Tout est dit, plus les centres de décisions s’éloignent des gens, moins les acteurs concernés se sentent considérés, écoutés, compris, la démarche démocratique y perd.
C’est avec modestie, l’exact contraire de ce que souhaite incarner le Pays.
J. PAPILLAUD
Article publié le 05/10/2009

